Ecole maternelle

Pourquoi faut-il sauver la maternelle ?

Philippe Meirieu, spécialiste en sciences de l’éducation, signe la préface de Sauvons la maternelle !, de Thérèse Boisdon, publié aux éditions Bayard. Il rappelle dans cet extrait le rôle déterminant de la maternelle dans le développement de l’enfant.

 

Sauvons la maternelle !, extrait de la préface de Philippe Meirieu

“L'école maternelle française est en danger. Certes, les attaques les plus violentes et les plus caricaturales ont été nuancées, voire démenties. Mais beaucoup de mal est fait : des pamphlétaires sans scrupule, des universitaires trop éloignés du terrain, des parlementaires peu soucieux de regarder objectivement ce qui se passe dans nos écoles maternelles ont semé le doute.

La suspicion est là, et aussi la tristesse, voire la souffrance, d'enseignantes et d'enseignants qui se sentent méprisés, déniés dans leur rôle fondateur.

Certes, l'école maternelle n'est pas parfaite
. Mais, d'une part, personne ne revendique cette perfection : chacun sait bien qu'il reste beaucoup à faire pour relever les défis d'une éducation démocratique et exigeante dans une société qui ne fait de l'enfant un “roi” que pour mieux exalter ses caprices et faire ainsi marcher le commerce.

Et, d'autre part, comment peut-on, à ce point, ignorer les efforts d'une institution qui a su gagner la confiance des familles, se doter d'outils de réflexion associatifs sans égal et se remettre en question régulièrement, quand, par ailleurs, dans notre système, on laisse errer des cohortes d'élèves indifférenciés sans suivi ni accompagnement dignes de ce nom ?

Pourquoi cet acharnement contre la maternelle ? Quels sont ces vieux démons qui reviennent aujourd'hui pour, sous des prétextes divers, dénier aux enfants de deux à cinq ans la possibilité d'entrer dans de vrais apprentissages ?

Rien de très nouveau en fait :

- l'ignorance toujours recommencée du fait que, selon la célèbre formule de Freud, “l'enfant est le père de l'homme”.

- Le mépris affecté pour les “choses du corps” dans lesquelles l'enfant serait empêtré et dont on sait, pourtant, qu'elles sont déterminantes pour son développement.

- La méfiance à l'égard du jeu sous toutes ses formes, alors que, justement, les traditionnels “bons élèves” sont capables de trouver un plaisir ludique dans les exercices les plus ingrats.

- La culpabilisation des parents censés être démissionnaires, quand ils sont simplement démunis, et à qui l'on enjoint de porter seuls la responsabilité de l'éducation de leurs enfants à un âge où tant de choses se jouent…

- Et, au bout du compte, la haine de la pédagogie !

Car – n'en doutons pas – si les attaques contre l'école maternelle sont si violentes, c'est que cette école est celle qui, en France, prend le plus la pédagogie au sérieux.

La pédagogie comme entreprise minutieuse et obstinée pour lutter contre toutes les fatalités : fatalités sociales et familiales, fatalités psychologiques et sociologiques… toutes les formes de fatalité qui se gargarisent du “y'a qu'à” pour mieux laisser fonctionner le plus terrible darwinisme éducatif où seuls les plus adaptés survivent !

Il faut donc rappeler inlassablement que l'école maternelle peut jouer un rôle déterminant dans le développement d'un enfant.

Elle lui permet de vivre “en douceur” la transition entre l'univers familial, naturellement centré sur l'affectivité, structuré sur le mode de vie et les valeurs des parents… et l'univers scolaire régi par des règles plus “objectives” et qui doit permettre de rencontrer d'autres personnes, d'autres manières de voir le monde, mais aussi d'autres langages, d'autres univers, etc.

L'entrée à l'école marque l'arrivée dans un “espace public” et cela doit être accompagné afin d'éviter des ruptures trop brutales qui pourraient engendrer des blocages et compromettre l'avenir.

C'est pourquoi la fonction d'accueil de l'école maternelle et l'organisation d'un passage de relais harmonieux avec la famille sont si déterminantes. […]”

 

Le 17 février 2009 Philippe Meirieu

Je m'inscris à la newsletter hebdomadaire, c'est gratuit !

@

A propos des auteurs


Philippe Meirieu, l'auteur de la préface, est professeur en sciences de l'éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Il est également directeur de la chaîne de télévision pour l'éducation, CAP CANAL.

Thérèse Boisdon a été durant de nombreuses années enseignante en maternelle, puis présidente de l'AGIEM (Association générale des institutrices et instituteurs de classes et d'écoles maternelles) qui regroupe 9000 enseignants.

Elle a écrit ce livre avec Maria Poblete, journaliste, spécialisée dans les questions de société et d'éducation.

 

 

 

 

Vos commentaires

maternelle

Bulle Partager vos questions et réactions

signaler un abus signaler un abus

23/02/2009 - Mouty ,

C'est troublant. La maternelle est reconnue comme étant une des meilleures d'Eu rope et d'ailleurs les autres pays veulent nous imiter, et nous, nous voulons en changer ?! Ne serait ce pas une question de "gros sous" en voulant la dégager vers les municipalités ! Quel gâchis en perspective... Mais il est encore temps de faire machine arrière.

Masquer

l'école maternelle

Bulle Partager vos questions et réactions

signaler un abus signaler un abus

23/02/2009 - fifi ,

Enseignante en maternelle depuis 12 ans, je tiens à remercier messieurs Meirieu ...

Voir la suite

Partenaires ou Jeux concours

Publicité

Services e-mails GRATUIT

Recevez gratuitement, une fois par mois, votre sélection d’articles et de services :

Les fruits et légumes de saison, c’est bon pour la santé.
Apprendre à les cuisiner en famille, c'est un plaisir partagé qui éveille
les papilles.

> Voir un exemple

Je souhaite recevoir gratuitement ma sélection à l’adresse e-mail suivante :

@
 
252