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En famille

Comment les souvenirs d’enfance se constituent-ils ?

Les tout-petits sont capables de se souvenir dès leurs premiers jours et même avant la naissance. Mais oublient très vite… Pourquoi les premiers souvenirs durables remontent-ils à l’âge de 2 ou 3 ans ? Quel est le rôle des parents dans cette mémorisation ? Entretien avec Bernard Croisile, neurologue et auteur de Tout sur la mémoire.

 

De quoi se souvient-on à 3 ans ?

Bernard Croisile : Les premiers souvenirs sont visuels, quasiment photographiques, et teintés d’émotion. Mais on ne sait pas pourquoi certaines choses s’impriment dans l’esprit d’un tout-petit plutôt que d’autres.

Cela peut être des événements marquants, bien sûr, comme l’ours impressionnant du zoo. Mais cela peut tout aussi bien être des détails insignifiants ! Je me rappelle ainsi avec précision l’entrée de l’appartement où je vivais à l’âge de 2 ans, et que je n’ai jamais revu. Pourquoi ce souvenir est-il resté gravé dans ma mémoire ? Mystère.

Ce qui est certain, c’est que les souvenirs sont fondés sur les sens et les émotions. On constate d’ailleurs que les émotions positives sont bien mieux retenues que les négatives. Pourtant, les mauvais souvenirs sont au moins aussi fondateurs ! C’est en se brûlant qu’un enfant retient que le feu est dangereux : c’est essentiel dans la construction de sa représentation du monde. Mais, même s’il se souvient du moment et des circonstances dans lesquelles il s’est brûlé, il oubliera la douleur qu’il a ressentie.

Peut-on aider nos enfants à conserver leurs souvenirs ?

B. C. : Oui… et non ! Ce qui est marquant pour les parents ne le sera pas nécessairement pour l’enfant : de la super journée au parc d’attractions, il se souviendra peut-être seulement des chatouilles de la coccinelle sur sa main… En cela, quand bien même les parents lui feraient vivre des choses merveilleuses, ils sont impuissants à ce qu’elles soient mémorisées.

Il y a cependant un point où leur rôle est essentiel, c’est l’ancrage des souvenirs. En faisant raconter au tout-petit sa journée à la crèche, sa maman lui permet de la vivre une deuxième fois, donc de l’ancrer dans sa mémoire. De même, un enfant à qui l’on raconte ses propres souvenirs, surtout si le discours est linguistiquement élaboré, se rappellera mieux les siens.

Le souvenir est donc lié au langage ?

B. C. : Tout à fait. La mémoire épisodique est même construite sur le langage. Le parler n’est sans doute pas le seul élément intervenant, mais il est essentiel. Cela n’est pas un hasard si les premiers souvenirs durables remontent à 2 ou 3 ans, lorsque le langage se développe…

L’enfant a des souvenirs dès ses premiers jours. Ce qui change, à 3 ans, c’est qu’il a la possibilité nouvelle de les verbaliser, et ainsi de les réactiver. Voilà pourquoi ce qu’il vit à partir de cet âge résiste mieux à l’oubli.

 

Le 28 janvier 2014 Propos recueillis par Marie Grenier. Illustrations de Soledad.

La transmission, ça compte !

Votre enfant ne se souviendra de rien ou presque entre sa naissance et ses 4 ans… mais tout ce qu’il aura vécu l’aura pourtant marqué. Rien ne vous interdit pour autant de lui raconter l’émotion que vous avez ressentie à son arrivée. Des albums photo au film de ses premiers pas, des petits journaux au blog de Maman ou Papa, les moyens ne manquent pas pour lui transmettre son histoire. Ce faisant, l’enfant apprend qu’il y avait un monde avant son monde…

A propos de Bernard Croisile…

 Tout sur la mémoire - Bernard Croisile

Bernard Croisile est neurologue, il est l'auteur de l'ouvrage 

Tout sur la mémoire, publié aux éditions Odile Jacob (26 €).

 

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