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Parents

On ne choisit pas un prénom simplement parce qu’il sonne bien !

Prénommer son enfant victoire, Aminata ou Kevin n'est pas anodin. Ce prénom l'accompagnera toute sa vie, il porte les valeurs et les attentes des parents. Rencontre avec Sigrid Charrière, psychologue et fondatrice de l'association de psychogénéalogie (AIP).

 

Un prénom, ce n'est pas simplement une manière de nommer l'enfant...

Il y a une phrase de Saint-Exupéry que j'adore : "Comment tu t'appelles ?", demande-t-on à l'enfant, qui répond : "Je ne m'appelle pas. On m'a appelé". Cela résume bien le sujet : le prénom fait partie des projections de la famille pendant la grossesse, composées de faits réels ("Chez nous, les Jean sont forts en classe") ou de fantasmes. Il reflète les motivations et les attentes des parents. Quand on demande à quelqu'un "Pourquoi avez-vous choisi ce prénom ?", il répond souvent : "Parce qu'il me plaisait". Mais on ne choisit pas un prénom simplement parce qu'il sonne bien. Plus tard, le bébé devra ressembler à l'image que l'on se fait du prénom choisi.

Chaque prénom serait donc chargé d'une attente, d'un sens particulier ?

C'est exact. Un prénom n'est jamais neutre. Prenons l'exemple d'un enfant à qui la mère donne, en deuxième prénom, celui d'un de ses propres parents. On dit : "C'est pour honorer les grands-parents", parce qu'on les aime et qu'on voudrait que l'enfant leur ressemble. Mais donner à son enfant le prénom d'un de ses grands-parents est ambigu : pour le parent, cela signifie "Je suis en symbiose avec ma mère ou mon père, donc j'appelle mon enfant comme elle ou comme lui". Parfois aussi, c'est un moyen inconscient de prendre sa revanche. Face à de tels choix, les enfants essuient souvent les conflits inconscients existant entre leurs parents et les grands-parents. Certains parents font l'inverse, en prenant un prénom éloigné de l'histoire familiale, justement pour ne pas "charger" l'enfant. Mais ce choix a un sens : on exclut l'enfant, on fait comme s'il ne faisait pas partie du bercail. Quoi qu'on fasse, l'enfant a toujours une charge sur les épaules ! Et il faut que son prénom colle avec sa personnalité.

Prénom et personnalité sont-ils forcément accordés ?

Quand c'est le cas, l'enfant ne s'en rend pas compte. Mais, quand ça ne colle pas ou que le prénom est trop lourd à porter, ça pose souci : par exemple lorsqu'un petit garçon porte le même prénom qu'un oncle qui avait une forte personnalité, une place à part dans la famille. Même si l'enfant ignore ce contexte, il va se rebeller contre cette image qui constitue un héritage écrasant. Dans certaines familles bourgeoises où le grand-père a fait Polytechnique, le fils, qui se prénomme comme son père, doit suivre la même voie. Cette reproduction sociale un peu forcée est une charge supplémentaire pour un enfant : il pourrait s'épanouir dans une autre voie que celle qu'ont choisie ses parents pour lui... Mais cela est vrai quel que soit le milieu, et que l'on s'appelle Charles ou Kevin.

 

 

Le 17 novembre 2009 Rencontre avec Sigrid Charrière, psychologue et fondatrice de l’association de psychogénéalogie (AIP). Propos recueillis par Anne Lamy. Illustrations Béatrice Rodriguez.

Titounet, mon biquet, ma belette... les surnoms

L'emploi d'un surnom reflète la nostalgie des parents à voir grandir leur petit... pas encore bien grand. Si nous ne les appelons jamais autrement que Mimine et Tom-Tom, il est probable que Marine et Thomas auront plus envie de régresser que de grandir. Mais au fond tout cela n'est pas dramatique. Car ce que ces diminutifs pleins de tendresse disent d'abord, c'est l'affection des parents. En revanche, assurez-vous de distribuer les surnoms démocratiquement : chaque enfant de la fratrie devrait avoir le sien, si vous êtes une "famille à surnoms". Et n'en abusez pas : il ne doit pas y avoir qu'à l'école que l'enfant entend son vrai prénom ! Enfin, attention aux surnoms malheureux. Surnommer Tomate un bébé rose et rond ou Pudding un petit bonhomme dodu, c'est mignon... mais pas pour toute la vie. Il y a un âge où porter son prénom a du bon !

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